
Chaque fois qu’un pays frère ou ami connaît des évolutions ou des tensions politiques internes, nous observons le même scénario se répéter. Certains de nos écrivains et activistes se précipitent pour prendre position, comme s’ils faisaient partie d’une équation qui ne les concerne pas.
Ils soutiennent un camp contre un autre, adoptent des positions tranchées et émettent des jugements avec assurance sur une réalité complexe dont ils ne maîtrisent pas toutes les données.
Ce comportement ne sert personne, et il ne sert surtout pas les intérêts de notre pays.
Les dynamiques internes des États relèvent d’abord des populations concernées. Elles en connaissent mieux les contextes, et elles sont les mieux placées pour les gérer selon leurs équilibres, leurs institutions et leurs intérêts nationaux.
La sagesse exige de comprendre que s’engager dans ces tensions, même par la parole, peut nous placer — sans intention — du côté d’un camp contre un autre, ce qui ne devrait pas arriver.
Prenons notre environnement immédiat comme exemple : des pays frères, dotés d’institutions solides et d’élites politiques conscientes, traversent parfois des moments de tension ou de désaccord. Mais ils disposent de l’expérience et des ressources nécessaires pour les gérer eux-mêmes.
Notre rôle n’est ni de prendre parti, ni de juger de l’extérieur, ni de transformer les espaces numériques en tribunaux pour des questions qui ne nous concernent pas. Ce qui est prioritaire, c’est le sens de la responsabilité et une certaine humilité politique.
La Mauritanie n’a pas besoin d’importer des tensions, ni d’ouvrir des fronts verbaux avec son environnement naturel. Les intérêts des États se construisent dans le calme, le respect et une bonne appréciation des situations, non dans les réactions impulsives ou l’enthousiasme momentané.
La liberté d’expression est une valeur, certes. Mais il existe une différence claire entre exprimer une opinion et s’aligner sur un camp, entre s’intéresser à un sujet et en faire un combat personnel.
Il est contradictoire d’exiger des autres le respect de notre souveraineté et de nos choix, et de tomber dans la même erreur lorsqu’il s’agit de leurs affaires internes.
L’État dispose de ses propres canaux, de ses calculs et de sa position dans la gestion de ses relations extérieures. Quant aux individus, dans ce type de dossiers, leur parole peut dépasser le simple avis et se transformer facilement en un fardeau inutile.
Nous vivons dans une région qui a besoin d’apaisement, non de provocations ; de construction de la confiance, non de son épuisement.
La sagesse n’est pas de dire tout ce que l’on sait ou croit savoir, mais de savoir quand s’abstenir d’intervenir dans les affaires des autres, et quand la maîtrise de soi constitue en soi un véritable service à l’intérêt national.
Ahmed Issa El Yedaly








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